
L’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA) représente un filet de sécurité essentiel pour les couples de retraités aux revenus modestes. Cette allocation, qui a remplacé l’ancien minimum vieillesse en 2006, garantit un niveau de vie minimal aux seniors français dont les ressources financières sont insuffisantes pour subvenir à leurs besoins essentiels. Pour les couples, les modalités d’attribution et de calcul de l’ASPA présentent des spécificités importantes qu’il convient de maîtriser. Les montants applicables, les conditions d’éligibilité et les démarches administratives diffèrent sensiblement de ceux des personnes seules, nécessitant une compréhension approfondie des mécanismes en vigueur.
Définition et fonctionnement de l’allocation de solidarité aux personnes âgées pour les couples
L’ASPA constitue une allocation différentielle destinée à porter les ressources d’un couple de retraités jusqu’au seuil minimum fixé par la réglementation. Ce mécanisme de solidarité nationale fonctionne selon le principe de complément de revenus : l’allocation vient combler l’écart entre les ressources actuelles du foyer et le montant plancher garanti par l’État. Contrairement aux idées reçues, l’ASPA ne se substitue pas aux pensions de retraite existantes, mais les complète pour atteindre le niveau minimum légal.
Le fonctionnement pour les couples présente une particularité majeure : l’évaluation des ressources s’effectue au niveau du foyer, indépendamment du régime matrimonial ou du statut juridique de l’union. Qu’il s’agisse de couples mariés, pacsés ou en concubinage, l’administration considère l’ensemble des revenus et patrimoines des deux conjoints pour déterminer l’éligibilité et calculer le montant de l’allocation. Cette approche globalisée implique qu’un seul des conjoints peut percevoir une pension de retraite conséquente sans que cela empêche l’attribution de l’ASPA, à condition que les ressources totales du couple restent inférieures au plafond autorisé.
La gestion administrative de l’ASPA couple s’organise autour d’un versement unique, généralement effectué au conjoint désigné comme demandeur principal. Cette allocation mensuelle fait l’objet d’une réévaluation annuelle, tenant compte de l’évolution des ressources du foyer et des revalorisations légales. Le caractère récupérable de l’ASPA constitue une spécificité importante : les sommes versées peuvent être récupérées sur la succession du bénéficiaire décédé, sous certaines conditions patrimoniales que nous détaillerons ultérieurement.
Conditions d’éligibilité spécifiques aux couples bénéficiaires de l’ASPA
Critères d’âge légal et situations particulières pour chaque conjoint
L’âge constitue le premier critère déterminant pour l’attribution de l’ASPA couple. La règle générale impose que les deux conjoints aient atteint l’âge de 65 ans révolus pour prétendre à cette allocation. Cependant, plusieurs dérogations permettent d’anticiper ce seuil à 62 ans dans des situations spécifiques. Les personnes reconnues inaptes au travail par la Sécurité sociale peuvent bénéficier de l’ASPA dès 62 ans, de même que celles percevant une retraite anticipée pour handicap ou carrière longue.
Une particularité int
ulaire de l’ASPA concerne les couples dont un seul membre remplit la condition d’âge. Dans ce cas, l’allocation peut être accordée au conjoint qui a atteint l’âge légal, mais le calcul des droits se fait tout de même sur la base des ressources globales du foyer. Autrement dit, même si votre époux ou épouse n’a pas encore 65 ans, ses revenus (le cas échéant) et son patrimoine seront pris en compte pour déterminer si vous respectez le plafond de ressources ASPA couple.
Il est également possible que les deux conjoints remplissent des conditions différentes. Par exemple, l’un peut ouvrir droit à l’ASPA à 62 ans en raison d’une inaptitude au travail, tandis que l’autre ne sera éligible qu’à 65 ans faute de dérogation. Dans ce type de configuration, l’administration applique une logique progressive : l’ASPA peut être servie à un seul membre dans un premier temps, puis recalculée pour le couple lorsque le second conjoint atteint, à son tour, l’âge requis. Vous l’aurez compris, il est essentiel de bien signaler à votre caisse de retraite toute évolution de situation (âge, invalidité, retraite anticipée) pour éviter une suspension ou un trop-perçu.
Plafonds de ressources annuelles applicables aux couples mariés et pacsés
Au-delà de l’âge, les plafonds de ressources constituent le cœur de l’éligibilité à l’ASPA pour les couples. En 2024, le plafond annuel de ressources pour un couple est fixé à 18 853,92 €, soit 1 571,16 € par mois. Ce plafond s’applique de la même manière aux couples mariés, pacsés ou vivant en concubinage, dès lors qu’ils forment un foyer commun. Il ne s’agit donc pas d’un montant versé automatiquement, mais du niveau maximal de revenus que vous pouvez percevoir pour rester éligible à l’allocation de solidarité aux personnes âgées.
Concrètement, l’ensemble des revenus du couple est additionné : pensions de retraite de base et complémentaires, éventuels revenus professionnels résiduels, pensions de réversion, rentes viagères et certains avantages financiers. Si le total mensuel reste inférieur à 1 571,16 € en 2024, l’ASPA vient compléter pour atteindre ce seuil. Si, au contraire, les ressources dépassent ce montant, aucun droit n’est ouvert. Cette logique de plafonnement explique pourquoi l’ASPA est parfois qualifiée de « complément de minimum vieillesse en couple » : elle comble un manque, mais ne se substitue pas aux revenus déjà perçus.
La situation est identique que vous soyez mariés ou pacsés : le Code de la sécurité sociale ne fait aucune différence de traitement entre ces deux statuts pour l’ASPA, tout comme pour les couples vivant en union libre. Ce qui compte, c’est la vie commune et le partage des charges. À noter que ces plafonds sont revalorisés chaque année en fonction de l’inflation. Il est donc recommandé de vérifier régulièrement les montants actualisés, surtout si vous êtes proches de la limite de ressources.
Conditions de résidence et de nationalité pour les conjoints étrangers
Pour bénéficier de l’ASPA couple, les deux membres du foyer doivent respecter des conditions strictes de résidence. Depuis la réforme de 2023, il est nécessaire de résider en France au moins 9 mois par an (résidence dite « stable et régulière ») pour ouvrir ou conserver le droit à l’allocation. Cette exigence vaut pour les couples français comme pour les couples mixtes, c’est-à-dire composés d’un conjoint français et d’un conjoint étranger. Les séjours prolongés à l’étranger sont donc susceptibles de remettre en cause le versement de l’ASPA.
S’agissant de la nationalité, les conjoints de nationalité française ou ressortissants de l’Espace économique européen (EEE) remplissent, en principe, la condition de droit au séjour. Pour les ressortissants de pays tiers, la règle générale impose de détenir un titre de séjour autorisant à travailler en France depuis au moins 10 ans au moment de la demande. Cette obligation vaut pour chacun des conjoints étrangers souhaitant être pris en compte comme bénéficiaire potentiel de l’ASPA, même si, dans les faits, l’allocation peut être versée à un seul membre du couple.
Des accords bilatéraux viennent toutefois assouplir cette règle pour certaines nationalités, notamment les ressortissants algériens, tunisiens et marocains titulaires d’une retraite française. Pour ces derniers, la jurisprudence et les recommandations du Défenseur des droits limitent la portée de l’exigence des 10 ans de titre de séjour. En pratique, il est conseillé de se rapprocher de sa caisse de retraite (CARSAT, MSA, CNAV) ou d’un travailleur social pour faire examiner sa situation. Enfin, n’oubliez pas que tout changement de statut de séjour, de nationalité ou de pays de résidence doit être signalé sans délai, sous peine de suspension de l’ASPA couple.
Impact des pensions de retraite du régime général et complémentaire sur l’éligibilité
Les pensions de retraite constituent la principale ressource prise en compte pour apprécier l’éligibilité à l’ASPA couple. Cela inclut les retraites de base du régime général (CARSAT, CNAV), mais aussi les pensions des régimes spéciaux (fonction publique, SNCF, etc.) et l’ensemble des retraites complémentaires (Agirc-Arrco, Ircantec, MSA complémentaire, régimes professionnels). Toutes ces pensions, qu’elles soient personnelles ou de réversion, sont additionnées pour chaque conjoint, puis agrégées au niveau du foyer pour être comparées au plafond ASPA couple.
Le fait de percevoir une petite retraite ne fait donc pas obstacle à la demande, bien au contraire : l’ASPA a précisément vocation à compléter ces pensions insuffisantes. Par exemple, un couple dont l’un des conjoints touche 700 € de retraite de base et 200 € de complémentaire, tandis que l’autre ne perçoit aucune pension, dispose de 900 € de ressources mensuelles. En 2024, l’ASPA pourra alors venir compléter ces revenus jusqu’à 1 571,16 €, soit un droit potentiel d’environ 671,16 € par mois. À l’inverse, un couple dont chacun perçoit 900 € de retraite dépasse déjà le plafond et ne pourra pas bénéficier de l’allocation.
Les pensions de réversion, souvent perçues par les veufs et veuves remariés ou pacsés, entrent également dans le calcul des ressources ASPA. Il est donc essentiel de mentionner toutes les pensions dans le formulaire de demande, même si elles proviennent d’anciens employeurs ou de caisses complémentaires parfois oubliées. En cas d’omission, la caisse pourra procéder à une régularisation a posteriori, avec risque de trop-perçu à rembourser. Mieux vaut donc dresser un inventaire exhaustif de vos droits à la retraite avant de solliciter l’ASPA couple.
Calcul du montant ASPA couple selon les revenus déclarés
Barème 2024 et montant maximum de 1 571,16 euros mensuels
En 2024, le barème ASPA couple fixe le montant maximum de l’allocation à 1 571,16 € brut par mois. Ce montant correspond au revenu minimum garanti pour un ménage composé de deux personnes âgées remplissant les conditions d’âge, de résidence et de ressources. Il ne s’agit pas d’une somme attribuée systématiquement à tous les couples bénéficiaires, mais d’un plafond vers lequel l’ASPA vient compléter vos revenus existants. Plus vos pensions de retraite et autres ressources sont faibles, plus le montant d’ASPA sera élevé, jusqu’à atteindre ce seuil.
Pour mieux visualiser ce barème, on peut considérer l’ASPA comme un « coussin de sécurité » placé sous vos revenus. Si vos ressources mensuelles atteignent déjà 1 571,16 €, ce coussin reste inutilisé. Si elles tombent à 900 €, l’allocation vient combler la différence de 671,16 €. Ce mécanisme explique pourquoi deux couples éligibles ne perçoivent presque jamais le même montant : l’ASPA est strictement proportionnelle au déficit de ressources par rapport au plafond réglementaire.
Il est utile de rappeler que ce plafond a vocation à évoluer : en 2025, il est par exemple porté à 1 605,73 € mensuels, puis à 1 620,18 € en 2026, selon les projections publiées. Cette revalorisation automatique protège le pouvoir d’achat des bénéficiaires face à l’inflation, sans qu’ils aient à déposer une nouvelle demande. Toutefois, toute modification de vos revenus (nouvelle retraite, rente, pension de réversion) doit être déclarée pour que le montant ASPA couple soit ajusté en conséquence.
Méthode de calcul différentiel basée sur les ressources trimestrielles
Le calcul de l’ASPA couple repose sur une méthode différentielle, fondée sur l’examen des ressources réelles du foyer. Concrètement, la caisse de retraite commence par totaliser les revenus perçus par le couple au cours des trois mois précédant la date d’effet souhaitée de l’allocation. Ce total trimestriel est ensuite converti en moyenne mensuelle, afin d’être comparé au plafond ASPA couple. Si cette moyenne ne dépasse pas 1 571,16 € en 2024, un droit peut être ouvert.
Lorsque les revenus des trois derniers mois sont jugés atypiques (par exemple, en cas de fin récente d’activité professionnelle, d’indemnités de départ ou d’arriérés de pension), la caisse peut décider d’étendre l’examen des ressources aux douze derniers mois. Dans ce cas, c’est la moyenne annuelle qui est utilisée pour déterminer le montant de l’allocation. Ce système permet de lisser les variations ponctuelles et d’éviter qu’un revenu exceptionnel ne pénalise durablement le droit au minimum vieillesse en couple.
Une fois la moyenne mensuelle calculée, la formule appliquée est simple : montant ASPA couple = plafond couple – ressources mensuelles. Si un couple déclare 1 200 € de ressources par mois, l’ASPA sera, en première estimation, de 371,16 € mensuels en 2024. Si les ressources montent à 1 500 €, l’allocation ne représentera plus que 71,16 €. Ce principe, comparable à un « compteur qui se complète » jusqu’à un seuil maximal, explique pourquoi il est parfois intéressant de déposer sa demande dès que l’on pressent une baisse durable de ses revenus.
Prise en compte des revenus fonciers et des capitaux mobiliers
Les ressources examinées pour le calcul de l’ASPA couple ne se limitent pas aux retraites. Les revenus fonciers (loyers perçus, fermages, etc.) et les capitaux mobiliers (épargne, placements financiers) jouent un rôle important, surtout pour les couples propriétaires d’un patrimoine significatif. Les loyers issus d’un bien immobilier autre que la résidence principale sont ainsi intégralement intégrés dans l’assiette des ressources. Si un logement est mis gratuitement à disposition d’un proche, la caisse peut en outre en évaluer la valeur locative théorique.
Pour les capitaux mobiliers (livrets d’épargne, comptes à terme, assurance-vie hors rachat, PEL arrivés à terme, portefeuilles de valeurs mobilières), la réglementation ne retient pas le capital lui-même, mais un revenu fictif correspondant à 3 % de la valeur totale du patrimoine au moment de la demande. Par exemple, un couple disposant de 20 000 € d’épargne se voit imputer un revenu annuel théorique de 600 €, soit 50 € par mois intégrés aux ressources ASPA. Cette règle vise à tenir compte de la capacité du patrimoine à générer des revenus, même lorsque ceux-ci ne sont pas explicitement déclarés.
Les donations réalisées au cours des dix années précédant la demande ne sont pas non plus ignorées. Elles sont censées produire un revenu fictif, calculé également sur une base de 3 % par an dans la plupart des cas. C’est un point souvent méconnu des couples qui, pensant alléger leur patrimoine transmis à leurs enfants, se privent en réalité de revenus potentiels tout en voyant ces donations réintégrées dans le calcul ASPA. Avant toute opération patrimoniale, il peut donc être judicieux de se renseigner sur ses conséquences éventuelles en matière d’allocation de solidarité aux personnes âgées.
Abattements spécifiques et revenus exclus du calcul ASPA
Pour ne pas pénaliser les couples ayant recours à certains dispositifs sociaux, la réglementation prévoit une série de revenus exclus du calcul ASPA. C’est notamment le cas des prestations familiales, de l’allocation de logement (APL, ALS), de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), de la Prestation de compensation du handicap (PCH) ou encore de la retraite du combattant. Ces aides demeurent cumulables avec l’ASPA couple et ne viennent pas réduire le montant qui vous est versé. De la même façon, l’aide financière versée au titre de l’obligation alimentaire par vos enfants n’est pas intégrée aux ressources prises en compte.
Des abattements spécifiques s’appliquent également aux revenus d’activité pour les couples qui continuent à travailler tout en percevant l’ASPA. Depuis 2015, il est possible de cumuler emploi et allocation, sous réserve de plafonds. Sur un trimestre, la caisse applique un abattement sur les salaires du foyer équivalent à 1,5 fois la valeur mensuelle du Smic brut. En pratique, une partie de vos revenus professionnels n’est donc pas prise en compte, ce qui permet de conserver tout ou partie de l’ASPA tout en exerçant une activité rémunérée.
Enfin, la valeur de votre résidence principale est totalement exclue de l’assiette des ressources, tant au stade du calcul qu’au stade de la récupération sur succession dans la limite des seuils légaux. Vous pouvez donc être propriétaire de votre logement sans que cela remette en cause automatiquement votre droit au minimum vieillesse en couple. En résumé, le calcul des ressources ASPA repose sur un équilibre délicat entre prise en compte des revenus réels, valorisation du patrimoine et préservation des aides sociales essentielles à l’autonomie des personnes âgées.
Procédures administratives et démarches auprès de la CARSAT
Dossier de demande cerfa n°13710*02 et pièces justificatives obligatoires
La demande d’ASPA couple s’effectue au moyen du formulaire Cerfa n°13710*02, disponible auprès de votre caisse de retraite (CARSAT, CNAV, MSA, etc.) ou téléchargeable en ligne. Ce document unique permet de déclarer l’ensemble des informations nécessaires à l’instruction de votre dossier : état civil des deux conjoints, composition du foyer, pensions de retraite perçues, nature et montant des autres revenus, ainsi que la consistance du patrimoine. Chaque rubrique doit être remplie avec précision, les montants indiqués devant correspondre aux justificatifs fournis.
Plusieurs pièces justificatives sont obligatoires pour un couple : une copie de la pièce d’identité ou du titre de séjour de chaque conjoint, un justificatif de domicile récent, les relevés de pensions de retraite des trois derniers mois, ainsi que les avis d’imposition ou de non-imposition les plus récents. Il est également nécessaire de joindre un relevé d’identité bancaire (RIB) au nom du bénéficiaire, qui sera le plus souvent le conjoint demandeur principal. En cas de patrimoine immobilier ou financier significatif, la caisse peut demander des documents complémentaires (attestation de compte, relevé d’assurance-vie, taxe foncière, etc.).
Pour maximiser vos chances d’obtenir une réponse rapide, il est essentiel de déposer un dossier complet et lisible. N’hésitez pas à ajouter une lettre explicative si votre situation est complexe (changement récent de situation familiale, arrêt d’activité, départ à la retraite en cours d’année). Vous pouvez également vous faire aider par un travailleur social, une association d’aide aux retraités ou un proche pour rassembler les pièces et éviter les oublis. Un dossier incomplet est la principale cause de retard dans le traitement des demandes d’ASPA couple.
Rôle des maisons départementales des solidarités dans l’instruction
Les Maisons Départementales des Solidarités (MDS), parfois appelées Maisons de la solidarité ou Maisons des solidarités départementales selon les départements, jouent un rôle croissant dans l’accompagnement des seniors aux faibles ressources. Même si elles ne décident pas directement de l’attribution de l’ASPA, elles peuvent vous aider à remplir le formulaire, à rassembler les pièces nécessaires et à vérifier la cohérence de votre dossier avant envoi à la caisse de retraite compétente. Cet accompagnement est particulièrement précieux pour les couples peu à l’aise avec les démarches administratives.
Les travailleurs sociaux des MDS peuvent également réaliser une évaluation globale de votre situation, afin d’identifier d’autres droits potentiels : aides au logement, complémentaire santé solidaire, aide-ménagère à domicile, allocation personnalisée d’autonomie, etc. L’objectif est de ne pas se limiter au seul minimum vieillesse en couple, mais de construire un « bouquet » d’aides adapté à vos besoins concrets (santé, maintien à domicile, mobilité). Pour de nombreux couples âgés, ce soutien local constitue une véritable porte d’entrée vers l’ensemble des dispositifs sociaux.
Dans certains territoires, les MDS assurent la liaison entre la mairie, le Centre communal d’action sociale (CCAS) et les caisses de retraite. Lorsque le couple ne perçoit aucune pension, par exemple, c’est souvent via ces structures que le dossier est transmis au service spécialisé SASPA, géré par la MSA. Si vous avez le moindre doute sur l’organisme à saisir (CARSAT, MSA, caisse spéciale), pousser la porte de la Maison Départementale des Solidarités la plus proche reste souvent la solution la plus simple.
Délais de traitement et notification de décision par la MSA ou CNAV
Une fois votre dossier déposé auprès de la caisse compétente, un délai d’instruction s’ouvre. En pratique, les caisses comme la CARSAT, la MSA ou la CNAV traitent les demandes d’ASPA couple en quelques semaines à quelques mois, selon la complexité du dossier et la période de l’année. Lorsque la demande est déposée dans les trois mois qui suivent la notification de retraite, l’allocation peut, sous conditions, être versée rétroactivement à la même date que la pension, ce qui évite une rupture de ressources.
La décision vous est notifiée par courrier, sous forme d’une lettre de notification d’attribution ou de refus, précisant le montant mensuel accordé, la date de début de versement et, le cas échéant, les voies de recours. Si des compléments d’information sont nécessaires (pièces manquantes, incohérence dans les montants déclarés), la caisse vous adresse une demande de renseignements qui suspend le délai de traitement. Il est donc dans votre intérêt d’y répondre rapidement pour ne pas retarder la mise en paiement.
En cas de refus, vous disposez de recours amiables et contentieux : réclamation auprès de la caisse, saisine de la commission de recours amiable (CRA), puis, si besoin, du pôle social du tribunal judiciaire. Ces démarches peuvent paraître lourdes, mais elles permettent parfois de corriger des erreurs d’appréciation ou des malentendus sur les ressources du couple. Enfin, n’oubliez pas que l’ASPA est révisée chaque année : une baisse de vos revenus ou une modification de votre situation familiale peut justifier une nouvelle demande ou une revalorisation de vos droits.
Récupération sur succession et implications patrimoniales de l’ASPA
L’un des aspects les plus sensibles de l’ASPA couple concerne sa récupération sur succession. Juridiquement, l’allocation de solidarité aux personnes âgées est considérée comme une avance consentie par la solidarité nationale, que l’État peut, sous conditions, récupérer au décès des bénéficiaires. Depuis septembre 2023, la récupération n’est envisagée que si l’actif net successoral du foyer (après déduction des dettes) dépasse un seuil de 100 000 € en métropole, revalorisé chaque année (107 616 € en 2025, 108 586 € en 2026). En dessous de ce seuil, aucune somme d’ASPA n’est réclamée aux héritiers.
Pour les couples, la règle est la suivante : tant que l’un des conjoints bénéficiaires est en vie, aucune récupération n’est mise en œuvre. Ce n’est qu’au décès du second membre du couple que la caisse peut, le cas échéant, demander le remboursement d’une partie des montants versés. Chaque conjoint est réputé avoir perçu la moitié de l’allocation totale, ce qui permet de calculer la part récupérable. De plus, la loi plafonne les montants pouvant être exigés, avec un plafond annuel de récupération qui évolue lui aussi avec les revalorisations (plus de 11 000 € par an pour un couple en 2025).
Concrètement, comment cela se passe-t-il pour les héritiers ? Lors du règlement de la succession, le notaire (ou les héritiers eux-mêmes si aucun notaire n’est saisi) doit informer la caisse de retraite du décès. Celle-ci calcule alors la part d’ASPA potentiellement récupérable, uniquement sur la fraction du patrimoine dépassant le seuil légal. L’héritage ne peut pas être réduit en dessous de ce plancher. Il est donc inexact de dire que « l’ASPA doit toujours être remboursée » : dans une majorité de situations, le patrimoine des couples bénéficiaires reste inférieur au seuil, et aucune récupération n’est engagée.
Sur le plan patrimonial, il est important d’intégrer cette donnée dans sa stratégie de transmission. Pour certains couples disposant d’un patrimoine conséquent, l’ASPA représente un choix : accepter une aide immédiate pour améliorer le niveau de vie, au prix d’une diminution future de l’héritage, ou bien renoncer à l’allocation pour préserver intégralement la succession. Dans les situations intermédiaires, notamment lorsque le patrimoine se concentre dans la résidence principale, des aménagements peuvent exister (différé de récupération, prise en compte de l’âge ou du handicap d’un héritier à charge, etc.). Là encore, un échange avec le notaire ou la caisse de retraite permet d’éclairer la décision.
Cumul ASPA avec d’autres prestations sociales et dispositifs d’aide
L’ASPA couple peut se combiner avec de nombreuses prestations sociales, à condition de respecter les règles propres à chaque dispositif. Comme nous l’avons vu, des aides telles que l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), la Prestation de compensation du handicap (PCH), les aides au logement (APL, ALS) ou encore la Complémentaire santé solidaire (C2S) ne sont pas prises en compte dans le calcul des ressources ASPA. Elles sont donc cumulables sans réduction du montant versé. Ce cumul est particulièrement précieux pour les couples en perte d’autonomie, qui ont besoin à la fois d’un revenu minimal et d’un soutien pour financer l’aide à domicile ou l’adaptation du logement.
En revanche, l’ASPA ne se cumule pas avec certaines autres allocations de solidarité, comme l’Allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ou, dans certains cas, l’Allocation aux adultes handicapés (AAH). Lorsque l’un des membres du couple perçoit l’AAH avec un taux d’incapacité égal ou supérieur à 80 %, il peut conserver ce droit au-delà de 62 ans sans être obligé de demander l’ASPA. Dans ce cas, il convient de comparer, avec l’aide de la caisse ou d’un travailleur social, le montant global perçu par le foyer avec et sans ASPA, afin de choisir l’option la plus avantageuse.
Enfin, l’ASPA couple peut ouvrir indirectement la porte à d’autres dispositifs, en abaissant votre niveau de ressources de référence. De nombreux conseils départementaux, caisses de retraite complémentaires ou mutuelles conditionnent en effet leurs aides (aide-ménagère, portage de repas, téléassistance, soutien aux aidants) à un plafonnement de revenus. En faisant valoir votre statut de bénéficiaire de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, vous facilitez l’accès à cet écosystème d’aides conçu pour sécuriser le maintien à domicile des personnes âgées. Pour ne pas passer à côté d’un droit, n’hésitez pas à vous rapprocher de votre CCAS, de votre MDS ou de votre caisse de retraite, qui pourront vous orienter vers les dispositifs complémentaires adaptés à votre situation de couple.